Ma pratique en céramique explore les relations entre image, récit et volume, et les transformations qui s’opèrent lorsque ces trois dimensions se rencontrent. La forme n’y constitue jamais un simple support de l’image : elle en modifie la lecture, en détermine le rythme et peut devenir elle-même un élément du récit. Je m’intéresse ainsi à la manière dont une image peut se prolonger dans le volume, dont une forme peut devenir narrative, et dont le passage de la représentation à l’espace transforme ce qui est raconté.
Mes œuvres prennent souvent leur source dans des souvenirs, des rêves, des rencontres et des observations, qui sont ensuite transformés et recomposés. Des visages familiers peuvent côtoyer des figures inventées, des lieux réels se mêler à des paysages imaginaires, et des fragments d’expériences vécues se combiner pour former des scènes qui n’appartiennent pleinement ni à la réalité ni à la fiction. Cette dimension onirique me permet de déplacer les rapports entre ce qui est connu et ce qui est imaginé, et de construire des récits où la mémoire devient une matière malléable.
Le passage de l’image au volume ouvre un espace de transformation. Fragmentation, répétition, changement d’échelle, relief et profondeur permettent aux éléments figurés de quitter la surface pour acquérir une présence spatiale. Inversement, la forme physique de l’œuvre agit sur l’image et sur son récit. Cette circulation entre représentation et matérialité m’intéresse également dans le rapport entre image et motif : une scène peut se déployer comme un récit tout en devenant un ensemble de formes, de rythmes et de signes.
Les espaces que j’ai vécus, parcourus ou observés constituent un réservoir de formes, de paysages et d’associations visuelles que je transforme dans mon travail. Le sud de la France, où j’ai grandi, comme le Québec, où je vis aujourd’hui, en sont les sources principales. Ces expériences nourrissent un vocabulaire de figures, d’animaux, de végétaux, d’architectures et de paysages, qui se recomposent ensuite dans des univers où observation et imaginaire se mêlent.
La dimension symbolique de l’objet occupe une place essentielle dans cette recherche. Je m’intéresse à la capacité de la céramique à donner une existence matérielle à ce qui est immatériel : une émotion, une pensée, un souvenir ou une présence. L’objet devient alors une manière d’inscrire dans la matière et dans le temps quelque chose de fugitif ou d’intime, tout en lui conférant une existence nouvelle. La céramique se situe ainsi pour moi à la rencontre de l’image, de la mémoire et de la matérialité : elle permet de faire passer une expérience du domaine du vécu ou de l’imaginé à celui de la présence physique.
My ceramic practice explores the relationship between image, narrative, and volume, and the transformations that occur when these three dimensions meet. Form is never simply a support for the image: it alters its reading, determines its rhythm, and can itself become part of the narrative. I am interested in how an image can extend into volume, how a form can become narrative, and how the transition from representation into space can transform what is being told.
My work often originates in memories, dreams, encounters, and observations, which I then transform and recombine. Familiar faces may appear alongside invented figures, real places may merge with imagined landscapes, and fragments of lived experience may come together to form scenes that belong fully neither to reality nor to fiction. This dreamlike dimension allows me to shift the boundaries between what is known and what is imagined, and to construct narratives in which memory becomes a malleable material.
The transition from image to volume opens up a space for transformation. Fragmentation, repetition, shifts in scale, relief, and depth allow depicted elements to move beyond the surface and acquire a spatial presence. Conversely, the physical form of the work acts upon the image and its narrative. I am also interested in the shifting relationship between image and motif: a scene can unfold as a narrative while simultaneously becoming an arrangement of forms, rhythms, and signs.
The spaces I have inhabited, travelled through, or observed constitute a reservoir of forms, landscapes, and visual associations that I transform in my work. Southern France, where I grew up, and Quebec, where I now live, are its primary sources. These experiences nourish a vocabulary of human figures, animals, plants, architecture, and landscapes, which are subsequently recombined into worlds where observation and imagination intertwine.
The symbolic dimension of the object is also central to this research. I am interested in the ability of ceramics to give material existence to what is immaterial: an emotion, a thought, a memory, or a presence. An object can thus inscribe something fleeting or intimate into matter and time, while giving it a new existence of its own. For me, ceramics occupy a space where image, memory, and materiality meet, allowing an experience to move from the realm of the lived or imagined into physical presence.